Le blog d’un instit en week-end ou en vacances…

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Nos mamans

Il a fallu plusieurs mois pour que tu me parles de ta maman. Elle était morte à ta naissance, et j’avais l’impression de lire dans tes yeux humides une sorte de responsabilité coupable… Tu ne t’en rends pas compte, mais tu n’y es pour rien, petit bonhomme, d’être né, sans elle, à cette vie que tu croques à pleines dents.

Tes coups de colère, tes bêtises, tes mots blessants prononcés trop vite, faisaient ressortir cette culpabilité. Si tu savais comme tu m’as ému le jour où tu m’as avoué, en sanglotant, ton impuissance à t’améliorer, comme si après avoir perdu ta maman, tu provoquais de façon involontaire la perte de ceux qui t’entourent.

Alors ce soir, en voyant tes sanglots prolongés et le chagrin de quitter tes « nouveaux » copains et ton maître, tu m’as forcément remué. La séparation est toujours difficile, surtout après une année passée à établir une relation de confiance, de sourires, de curiosité…

Cette fois encore plus, les circonstances étaient particulières : moi aussi, j’ai perdu ma maman. C’était la semaine dernière. Mon histoire était reliée à la tienne par le hasard d’un cœur balbutiant. J’ai connu et aimé la mienne pendant 37 ans. Je n’ai pas voulu t’en parler, tu n’as même pas connu la tienne. Et pourtant, du haut de tes 6 ans, tu m’as montré plus d’une fois que tu l’aimes comme si elle était auprès de toi chaque jour.

La tristesse du temps qui passe est-elle si particulière qu’elle s’abat sur nous au moment où une période s’arrête, et non au fil des secondes passées ? La vie serait bien triste si nous pleurions sur chaque minute passée ! Au contraire, nous les savourons, nous en jouissons le plus possible… et le spleen arrive lorsqu’on se retourne sur le bon temps qui semble se terminer.

Ce soir, si tu avais les lèvres salées, inondées par tes larmes non retenues, j’ose croire que c’est parce que tu as vécu pleinement cette année scolaire. Les joies et les plaisirs passés ne sont pas perdus, au contraire, ils font fructifier la suite à la lumière de quelques heures partagées. C’est ce que je te souhaite,  à toi qui a été comme mon petit frère le temps de quelques mois : prends soin de toi et de ceux dont tu t’entoures, nos mamans veillent sur nous.

juillet 4, 2014   1 045 lectures   10 commentaires

J’ose le dire : j’aime mes vacances.

Je vous mets dans le contexte : je suis instit.

Là, dans votre tête, un flot d’images passe : la blouse grise de l’instituteur de l’ancien temps, un homme respecté du village. Puis très vite s’estompent ces images jaunies pour laisser place à celles beaucoup plus actuelles de ces paresseux de fonctionnaires, toujours en vacances, souvent en grève, en train de se plaindre de leurs conditions : les parents ceci, le ministre cela, l’inspecteur blabla, les syndicats gnangnan, et les enfants, ce n’est plus c’que c’était… Bref, le mode « café du commerce » avec une teinte de « hein, ma bonne dame… ».

La réalité ? Elle n’existe pas. Il y a des réalités.

Ces jours-ci, une annonce a été faite par le Ministre de l’Éducation Nationale pour reporter la journée de pré-rentrée prévue initialement le 29 août. Cela a été présenté dans les médias comme une demande des enseignants (depuis, ces-derniers ont crié, ô grand jamais, qu’ils n’avaient pas réclamé de ne pas travailler en aôut…), puis affiché comme une nécessité informatique de début de contrat (vous comprenez, on a survécu au bug de l’an 2000, mais on a peur du passage du 31 août au 1er septembre pour quelques fonctionnaires).

Le message qui est retenu au niveau global : « les enseignants sont tous des fainéants, il refusent de travailler en août ». Pour beaucoup de professeurs, ce fut une ombre à leur image : on les présente encore comme des paresseux toujours prêts à pinailler sur des détails, surtout quand il s’agit de leur avantage principal, les vacances !

Eh bien souffrez, ou jouissez, à votre convenance, que j’enfonce un peu le clou dans ce sens : je suis ravi de cette journée supplémentaire de vacances. Les mois de juillet et d’août sont des pépites dont je savoure, depuis ma tendre enfance, les instants ensoleillés, reposés, insouciants, déconnectés de l’école… Alors nous faire reprendre un vendredi 29 août, c’est un peu comme finir un puzzle dont il manque une pièce, ou retirer un demi-point à un 20/20… Il manque quelque chose qui agit sur l’ensemble du tout.

Je suis très heureux de cette préservation de mon mois d’août, et je paierai consciencieusement ma journée due, moi le pauvre enseignant à qui on a déjà raboté par petites doses mon beau mois de juillet (a)doré.

Arrêtons donc, dans la profession, de vouloir nous affranchir des clichés. Tous mes collègues, et moi le premier, aimons les vacances prolongées, les récréations au soleil, les élèves calmes au travail, les parents souriants de voir leur enfant heureux. Ce n’est pas pour cela qu’on est paresseux, et que pendant la récréation (ensoleillée), on n’est pas en train de trouver une solution pour le petit Kévin qui perd pieds dans sa classe… Ce n’est pas non plus pour ces raisons que lorsqu’on rencontre des problèmes de fatigue, de communication, de réussite des élèves, de gestion de groupe, on ne se démène pas pour faire correctement notre métier.

D’ailleurs, à tous ceux qui envient ma situation professionnelle, osez le concours ! C’est facile d’entrer, paraît-il, et l’Éducation Nationale recrute…

Ah, sinon, pour le détail : certes, je suis ravi d’être encore en vacances le 29 août, mais je serai ce jour-là en tong et en short, dans ma classe, pour préparer mes étiquettes, mes affiches et mon matériel…

mai 17, 2014   616 lectures   6 commentaires

Comment l’école tue la créativité

Voici une fable, traduit de l’anglais, que j’aime beaucoup. Elle montre à quel point l’expérience de l’adulte peut tuer la créativité des plus jeunes. La chute est vraiment terrible…

Un jour un petit garçon partit pour l’école. C’était encore un bien petit garçon, et l’école était fort grande.
Mais quand le petit garçon découvrit qu’il pouvait arriver à sa classe en entrant directement par la porte de la cour, il se sentit content. Et l’école n’avait déjà plus l’air aussi grande.

Un matin, alors que le petit garçon était à l’école depuis un certain temps, la maîtresse dit : « aujourd’hui, nous allons faire un dessin. » Il aimait bien faire des dessins.
Il savait en faire de toutes sortes : des lions et des tigres, des poules et des vaches, des trains et des bateaux. Il prit sa boîte de crayons et commença à dessiner.

Mais la maîtresse dit :
- « Attendez ! Ce n’est pas encore le moment de commencer ! »
Et elle attendit jusqu’à ce que tout le monde ait l’air prêt.
- « Maintenant, dit la maîtresse, nous allons faire des fleurs. »
- Chic ! pensa le petit garçon.
Il aimait faire des fleurs. Et il commença à en faire des magnifiques, avec ses crayons rose et orange et bleu. Mais la maîtresse dit :
- « Attendez. Je vais vous montrer comment faire ».
Et elle en fit une rouge avec une tige verte.
- « Et Voilà, dit la maîtresse. Et maintenant, vous pouvez commencer ».

Le petit garçon regarda la fleur de la maîtresse, puis il regarda ses fleurs à lui. Il aimait mieux ses fleurs que celles de la maîtresse. Mais il ne le dit pas.
Il retourna simplement son papier et fit une fleur comme celle de la maîtresse. Elle était rouge, avec une tige verte.

Un autre jour, la maîtresse dit :
- « aujourd’hui, nous allons faire du modelage ».
- Chouette pensa le petit garçon. Il aimait le modelage. Il savait faire toutes sortes de choses avec la terre. Et il commença à pétrir et malaxer sa boule de terre. Mais la maîtresse dit :
- « Attendez ! Ce n’est pas le moment de commencer. Je vais vous montrer comment ».
Et elle montra à tout le monde comment faire un grand plat profond.
- « Et voilà, dit la maîtresse, maintenant vous pouvez commencer ».

Le petit garçon apprit à attendre, et à regarder et à faire les choses, juste comme la maîtresse. Et bientôt il ne fit plus de choses de lui-même du tout.

Alors arriva que le petit garçon et sa famille déménagèrent dans une autre maison dans une autre ville. Et le petit garçon dut aller à une autre école.

Et le premier jour qu’il était là, la, maîtresse dit :
- « aujourd’hui, nous allons faire un dessin ».
- Chic pensa le petit garçon. Et il attendit que la maîtresse dise quoi faire. Mais la maîtresse ne dit rien. Elle se promena simplement autour de la classe.

Quand elle arriva près du petit garçon, elle dit :
- « tu ne veux pas faire un dessin ».
- Si, dit le petit garçon, qu’allons-nous faire ?
- « Je ne le sais pas avant que tu le fasses » dit la maîtresse.
- Comment vais-je faire ce dessin ? demanda le petit garçon
- « Oh ! Vraiment comme tu veux » dit la maîtresse.
- Et n’importe quelle couleur ? demanda le petit garçon
- « Si tout le monde faisait le même dessin en utilisant les mêmes couleurs, comment saurais-je qui a fait quoi, et lequel est à qui ? »
- Je ne sais pas, dit le petit garçon.

Et il commença à dessiner une fleur rouge, avec une tige verte.

Helen E. BUCKLEY

mars 1, 2014   279 lectures   Commentaires fermés

Je n’ai pas pleuré

Ce soir, c’était ma dernière journée de classe de l’année.

Cent quarante-quatre jours à ouvrir les rideaux, à brancher l’ordinateur, à surveiller la cour, à faire des lacets, à écrire la date au tableau, à demander le silence, à tailler des crayons, à consoler de gros chagrins vite oubliés, à corriger des exercices réussis, à ranger mon bureau, à sourire d’un bon mot, à inventer des situations motivantes, à imposer des séances harassantes, à demander à qui appartient ce crayon ou ce manteau oublié, à demander de ranger ses affaires, à ramasser les affaires non rangées, à se rassembler au tapis, à lire des histoires lues déjà 10 fois, à s’émerveiller de la vitesse de lecture de chaque élève, à rouspéter sur le manque soin de chaque enfant, à faire des petits « coucous » à travers les vitres aux anciens élèves, à manger du chocolat à chaque anniversaire, à trouver la classe vraiment trop énervée, à trouver le groupe vraiment trop mou, à bailler, à éclater de rire, à chercher ma connexion Internet, à tweeter…

Et là soudain, sans crier gare, le silence. Lourd. Pesant. Solitaire.

Pourtant, ce que je retiens, ce sont ces dernières minutes, à 16h20, où chaque enfant m’écoute attentivement. Je sens dans leur regard et leur attention après une journée très ludique et bien remplie de jeux, de danses, de musiques et de soleil, que je suis leur « maître », et qu’ils boivent mes paroles comme du petit lait.

Mes chers enfants, s’il n’y a qu’une chose à garder du CP, au-delà d’avoir appris à lire, à compter, à réfléchir, c’est cette petite phrase : « Joyeux, et sans souci » .

La reprise en choeur de la fin du dicton, et les sourires rayonnants sur les mines déconfites par les dernières minutes communes, m’ont convaincu que le message était bien passé.

Alors non, je n’ai pas pleuré. Mais là, dans ma classe vide et dépouillée, mon coeur pleure tout bas.

juillet 6, 2013   968 lectures   9 commentaires

Joyeux et sans souci !

La phrase de ce lundi 6 mai 2013 :

Aujourd’hui, nous avons lu en classe l’histoire d’un petit garçon affrontant la difficulté du changement d’école, et dont la mamie relativisait le quotidien par une jolie devise :

Ta mère est beaucoup trop inquiète. Dans la vie, il faut être « joyeux et sans souci ». C’est ma devise.

La phrase a tellement plu aux enfants (et à leur enseignant) que nous l’avons ressortie une paire de fois pendant la journée, lors d’une bouderie d’enfant, d’une râlerie ou du croisement d’un regard un peu vide. Efficace : sourire illuminé assuré !

Ma résolution pour demain :

Dès que ma voix monte en classe, continuer d’un ton apaisé avec un évident « joyeux et sans souci » !

 

mai 6, 2013   756 lectures   1 commentaire

L’ennui, ce luxe.

Je sors de 15 jours de vacances. Non, pas ces moments réservés à l’avance auprès d’une agence de voyage, minutés et programmés pour s’occuper et se dépayser, mais de vraies vacances, du repos !

Je n’arrive pas à expliquer le pourquoi, mais ces vacances étaient presque vierges de tout programme. Il y avait bien quelques rendez-vous programmés de longue date, mais dans l’ensemble, j’en ai vraiment profité pour … ne rien faire !

Je me souviens, quand j’étais petit, il m’arrivait de m’ennuyer. Parfois, « pour du faux », juste parce que j’avais une idée en tête. L’ennui apparaissait aux yeux de mes parents comme un argument pour faire ce que je désirais.

« Maman, je m’ennuie… Je peux aller chez Kévin ? »

Croyez-moi, ça marchait souvent. Au pire, il fallait ajouter un subtil « Papa est d’accord ».

Puis il y avait aussi le vrai ennui, celui dont je ne me plaignais pas : ces moments où il n’y avait rien à faire, et où je passais le temps simplement à lire une BD, à regarder les nuages allongé dans l’herbe ou à jouer avec mes petites voitures. Ah le bon temps !

Ces vacances, j’ai eu l’impression de retrouver un peu cet ennui bénéfique, celui du temps disponible, non compté. Traîner devant l’ordi ? Possible ! Regarder des téléfilms idiots sur M6 en milieu d’après-midi ? Possible ! Lire des BD ? Bien-sûr ! Regarder les nuages, allongé dans le sable après une bonne balade à vélo ? Fait ! Rassurez-vous (ou non), je n’ai ressorti ni mes legos, ni mes trains électriques…

Pourquoi cet ennui me semble-t-il si précieux ? Il permet au corps de suivre son rythme naturel, à l’esprit de vagabonder là où il n’a pas le temps d’aller le reste de l’année, et au cerveau de se déconnecter quelques temps des exigences extérieures trop importantes.

Alors après des vacances tellement ennuyeuses, me voilà prêt pour reprendre le rythme effréné du quotidien, parfois presque irrespirable. A vrai dire, je suis bien motivé à retrouver des occupations variées et passionnantes, mais aurais-je encore le temps de m’ennuyer parfois lorsque la classe aura repris ?

Si vraiment je n’y arrive pas, j’ajouterai à mon emploi du temps 5 minutes d’ennui obligatoire en classe, car si l’école n’apprend pas aux enfants à s’ennuyer, qui le fera ?

Et vous, vous arrive-t-il de prendre plaisir à l’ennui ?

avril 28, 2013   951 lectures   6 commentaires

Si ma douche pouvait être en Wifi !

Depuis la rentrée scolaire, je suis entré dans une secte : celle de ceux qui organisent leur quotidien.

Cela m’a pris après quelques pérégrinations hasardeuses sur le Net, et notamment la lecture de ce billet « Comment s’organiser sans jamais ranger avec la méthode Glande Appliquée & Rangement Interdit » du gourou Ploum.
Oui, je le revendique, je crois en la possibilité de m’améliorer pour cesser de procrastiner et de rester immobile intellectuellement et culturellement.

Sérieusement, je vous conseille la lecture intégrale du long billet cité ci-dessus, c’est impressionnant.

Si je vous résume en quelques mots le Credo de ces techniques, inspirées du courant américain GTD (« Getting Things Done ») :

  • Une action réalisable au moment où vous y pensez, et qui demande moins de 2 minutes, doit être faite instantanément, et jamais reportée.
  • Le reste est géré par un système de boîtes. Il s’agit de mettre en place des « inbox » (boîtes de réception) réelles ou virtuelles, dans lesquelles vous jetez tout ce que vous avez à traiter ou à faire plus tard.
    - Du courrier reçu ? Dans la boîte !
    - Plus de mayonnaise dans le frigo ? Hop ! Dans la boîte (pas le pot vide forcément, mais un papier où vous griffonnez « mayo »).
    - Un dossier urgent à compléter pour demain ? Hop ! Dans la boîte.
  • Dès que vous avez du temps d’action, vous prenez d’abord votre (ou vos) boîte(s), et vous choisissez : direction poubelle si l’info ne sert plus ou peut être trouvée ailleurs, direction rangement ultra-simple si le document est à garder (j’ai fait 3 tiroirs : école, personnel, administratif).
  • Lors du rangement, les projets actionnables sont listés et triés par priorité (tout de suite, après, un jour…), par lieu d’exécution (à l’école ? sur mon ordi ? en ville ?) ou par temps demandé (de 5 minutes à la journée). Pour faire ces listes, j’utilise le service en ligne Evernote que je retrouve sur n’importe quel ordinateur connecté, sur mon smartphone ou sur la tablette qui traîne sur mon canapé. Cependant, si vous n’êtes pas hyper-connecté comme moi, c’est faisable sur un simple carnet.
  • Quand le rangement est effectué, si vous avez du temps d’action, il n’y a plus qu’à faire, et cela de façon super cool (si, si), en fonction de vos envies, des priorités établies, du lieu où vous vous trouvez et du temps disponible.
    J’ai ajouté, pour m’y tenir, la technique de la tomate, « Pomodoro », méthode très bien expliquée par ici, découverte via l’un de mes collègue sur Twitter. En 2 mots, se bloquer 25 minutes d’action sans distraction possible. Du coup, je n’allume plus ma télé, je ne vais plus grignoter du chocolat ou regarder un bateau qui passe, mais j’avance !

Et vraiment, c’est génial. Il faut juste une petite discipline pour gérer tout ça, mais c’est très vite fait, et vous vous retrouvez vite à l’action. C’est magique, les tâches se réalisent, vous ne perdez pas de temps à ranger, et vous avez enfin tout le loisir de vous distraire selon vos envies !

Alors, pourquoi ce titre d’article, me direz-vous (rappel pour ceux qui ne suivent pas : « si ma douche pouvait être en Wifi ») ? Tout simplement parce que 30% de mes idées de la journée me viennent sous la douche. Ne me demandez pas pourquoi, je ne sais pas. Rien de très stimulant dans ma salle de bain, juste du carrelage blanc, une ampoule un peu austère, une serviette qui sèche et une brosse à dents qui attend son tour… Peut-être est-ce la chaleur de l’eau sur mon crâne qui dilate mes synapses, qui excite mes neurones et qui produit de la substance réflexive ? Je ferai une étude là-dessus un jour.

Toujours est-il que je me trouve comme un sot, debout dans ma baignoire, nu comme un ver, mouillé comme un rescapé du Titanic à qui on interdirait de toucher à un clavier, et surtout plein d’idées jaillissantes que je ne peux techniquement pas noter dans mon « inbox » virtuelle !

J’ai tout essayé : me répéter mentalement les idées qui me viennent, créer une chanson avec les choses à faire (ça développe la créativité, paraît-il, de chanter sous la douche), compter sur les associations d’idées, mais rien ne fonctionne !

C’est sans appel : il me faut une douche en Wifi, avec reconnaissance vocale et compte Google ou Evernote intégré, pour pouvoir lui dicter mes idées. Il faudra juste, le jour où j’aurai inventé le concept, que je n’oublie pas d’éteindre l’eau avant de parler !

;-)

 

octobre 7, 2012   1 755 lectures   8 commentaires

Les bienfaits de l’alcool

On lit souvent des articles alarmants sur les méfaits de l’alcoolisme. Je ne vais pas nier la gravité de ce phénomène, l’alcool peut rendre dépendant, peut rendre violent, peut tuer. Non, là n’est pas mon propos. Je vous parle de l’alcool qu’on savoure, de celui qu’on prend avec des amis…

Je ne vous parle pas non plus de mauvais alcools, ceux qui font tourner la tête après la grimace d’un passage forcé dans le gosier. Non, je vous parle de ces arômes, de cette fraîcheur, de cette beauté dans un verre adapté, de ces odeurs que peuvent dégager ces apéritifs, bières, vins ou digestifs de tous genres. Amis de la Kronembourg ou de la 1664, passez donc votre chemin.

Contrairement à l’industrie du tabac, les fabricants d’alcool sont généralement des passionnés : amoureux des terroirs, amateurs du patrimoine gastronomique, défenseurs du travail de plusieurs générations… et parfois même communautés spirituelles (il suffit de goûter quelques bières trappistes pour vouloir se convertir…).

Si je me permets ce court billet pour vanter les bienfaits de l’alcool, c’est parce que je pense qu’on n’en profite pas assez pour créer et réinventer notre vie quotidienne. J’aime assez cette image qui dit que les premières gouttes d’alcool « ouvrent le cerveau ». Cette sensation du premier verre, qui vous met juste en joie, sans vous faire perdre votre lucidité, cette impression de planer légèrement mais sans quitter tout-à-fait le sol, c’est celle-là qu’il faut s’approprier.

Dans mon métier d’enseignant, nous manquons cruellement d’idées pour faire évoluer le monde de l’éducation. On organiserait en équipe d’établissement quelques réunions pédagogiques bien arrosées (au sens de la qualité, pas forcément de la quantité), je suis sûr qu’on prendrait des décisions étonnantes, dont certaines seraient porteuses de fruits en termes d’apprentissages. Il ne s’agit pas de laisser faire n’importe quoi à cause de l’alcool, mais juste d’ouvrir un peu nos façons de penser…
De même, certaines entreprises feraient des économies à fournir quelques bonnes bouteilles à leurs équipes, plutôt que de payer des « créatifs » qui n’ont aucune connaissance locale des besoins, et qui pourtant spéculent sur les innovations qui seraient, selon eux, les plus porteuses de rentabilité.

J’entends déjà les buveurs d’eau dire que ce serait dangereux, qu’avec l’alcool on pèserait mal le pour et le contre de chaque décision. Justement, c’est ce qui fait défaut dans notre manque d’innovation : en France notamment, nous avons le chic pour chercher tous les freins qui pourraient s’opposer à la réussite d’un projet avant même de le lancer. Et si au lieu d’analyser les freins, on essayait de pousser les murs, de dépasser les limites la plupart du temps artificielles ou « admises culturellement » ?

Et si quelques décisions prises en équipes un peu éméchées nous permettaient d’explorer d’autres voies que celles utilisées habituellement ?

Un beau rêve qui ne se réalisera pas dans la mouvance actuelle du « tout mauvais » et « tout modération » que nous subissons à propos des petits plaisirs de la vie.

Cependant, si quelques collègues veulent tenter l’aventure et organiser des apéros pédagogiques, je veux bien venir avec quelques bouteilles !

mai 26, 2012   4 526 lectures   3 commentaires

Lettre ouverte à ceux qui disent « Ce n’est pas ça la vie ! »

Voilà une phrase qu’on me sort souvent, quand j’essaie de prévoir de quoi sera fait le lendemain : « ce n’est pas ça, la vie ». Et croyez-moi, cette phrase, je ne l’ai pas entendue qu’une fois, ni d’une seule personne, je pense même que mon cerveau me la chuchote pernicieusement.

Nos actions d’aujourd’hui ne conditionnent-elles pas les réalités de demain ? Cela semble évident, même si les choix individuels ne reflètent pas forcément l’action collective. En ce sens, je rejoins parfaitement cette citation de Ghandi, souvent partagée en ce début d’année sur divers médias et réseaux sociaux : « sois le changement que tu veux voir dans le monde ».

Une ritournelle nauséabonde

Ces dernières semaines, les exemples dans ma vie d’enseignant ont été nombreux :

  • Sur la nécessité de passer moins de temps à évaluer et à classer les élèves, pour passer plus de temps à apprendre, on me répond : « ce n’est pas ça la vie ! Au collège ils sont classés, ils doivent avoir le bac, dans l’entreprise ça sera le meilleur qui sera choisi ».
  • Sur la nécessité de faire entrer des pratiques numériques d’apprentissage dans les familles, on me répond : « ce n’est pas ça la vie ! Les enfants ont d’autres choses à faire à la maison que de lire des documents sur des clés USB ou d’apprendre des leçons sur Internet…« .

Mais également dans ma vie personnelle :

  • « Arrête d’être toujours optimiste, ce n’est pas ça la vie. Tout n’est pas si facile, il y a des problèmes ». Certes. Sauf qu’à trop mettre le nez dans les problèmes, on en devient incapable de trouver des solutions, ou d’au moins y croire.
  • « La société va mal, les gens sont méchants. Croire en l’autre, ce n’est pas ça la vie ». Certes. Sauf que si on perçoit l’autre comme mauvais, on sera incapable d’y trouver une perle de bonté et d’améliorer la qualité relationnelle de notre société…

Croire, espérer… pour avancer !

Au Moyen-Age, le savant perse Rhazès, médecin et philosophe, a eu l’idée d’utiliser l’alcool et le mercure à des fin thérapeutiques. Aurait-il trouvé ces applications inattendues si on lui avait dit : « ce n’est pas ça la vie, l’alcool c’est néfaste, le mercure, c’est dangereux… » ?

Cette phrase « ce n’est pas ça, la vie », sous des allures de pragmatisme et de réalisme, tue dans l’oeuf toute possibilité d’innovation. Par essence, cette dernière vit de l’expérience, des essais et des erreurs. Si on part du principe que notre quotidien doit produire un futur identique au présent, alors la création, l’imagination, l’amélioration n’existent plus…

C’est donc avec un peu de retard que je nous souhaite pour 2012 la capacité d’aller au-delà de nos schémas actuels et d’oser changer. Qu’on puisse dire, avec passion et espoir : « ce sera peut-être ça la vie ! »

janvier 21, 2012   2 241 lectures   6 commentaires

Facebook, ce n’est pas « que » mal !

Depuis quelques semaines, c’est la mode de casser du sucre sur le dos de Facebook. Faut dire que ce n’est pas difficile : une compagnie qui ne fait pas de mystère sur l’utilisation de nos données personnelles à des fins commerciales, est certainement loin d’une société philanthropique ou d’un groupe humaniste désintéressé.

Alors, avant de jeter Facebook dans les flammes des enfers du Net, si on lui offrait une petite chance de salut ?

Facebook est un bon moyen de suivre, d’un coup d’oeil, les activités de ses connaissances

Avouez que ce n’est pas fréquent, y compris dans la vie réelle, d’avoir sous le même toit nos collègues, notre famille, des célébrités, des entreprises, des anciens amis, des connaissances virtuelles… Grâce à la page d’accueil de mon compte Facebook, je vois d’un coup d’oeil ce que veulent bien me dire tous ces contacts, sans obligation pour ma part de passer de longues heures au téléphone, ou d’écrire de fastidieux messages.

Cela ne signifie pas forcément un mélange des genres, mais simplement une veille sur plusieurs plans. Et la grande richesse de Facebook, c’est d’avoir justement une quantité d’inscrits qui permet cette multi-horizontalité. Et si j’arrive à jongler facilement entre ces divers horizons qui m’entourent, j’avoue que ça me fait sourire, sur mon propre mur, de voir se côtoyer des commentaires provenant de personnes d’âges et de mentalités bien diverses.

Facebook est un moyen de réagir, sans déranger

A vrai dire, c’est bien le but d’un réseau social. Certes, ça n’avance à rien de dire « j’aime » sur la mise à jour du statut d’un contact, mais ça montre qu’on est encore là, près de lui, prêt à la rencontre. Facebook réduit l’espace d’éloignement que le temps crée, et prépare à la future rencontre IRL (voire à la première rencontre).

Sans compter que certains commentaires deviennent de véritables forums d’idées. Je ne développerais pas ici l’intérêt des groupes, notamment sur leur nouvelle version, mais c’est la partie visible de l’iceberg de la communication.

Facebook est un moyen de se détendre

Cela paraîtra certainement très bête, et je ne parle même pas des jeux ou des quizz qui ne m’attirent vraiment pas, mais du simple surf sur les profils de mes connaissances : voir les petits mots de chacun, regarder les photos des dernières vacances, revoir avec émotion des vidéos du mois dernier… Il ne s’agit pas de voyeurisme, comme on en a souvent taxé les utilisateurs de Facebook, mais simplement d’un partage de moments de vie comme on peut le faire autour de la machine a café, autour du repas familial du dimanche, ou autour d’un verre au café du coin avec les voisins du quartier…

Facebook est un excellent moyen de gérer son identité numérique

Contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, Facebook permet de gérer ce qu’on y met. Si on trouve une photo de moi, dansant nu sur la tombe de Claude François, ou qu’on prouve que j’étais en boîte de nuit pendant un arrêt maladie, ce n’est pas à Facebook qu’il faut s’en prendre, mais à ma propre bêtise !

Je ne peux, à ce propos, qu’approuver les entreprises qui tentent d’obtenir des informations sur leurs (futurs) employés, c’est le moyen idéal de connaître leur degré de bon sens. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de bêtises sur mon mur Facebook, c’est pour cela aussi que j’aime m’y connecter, mais rien, je pense, qui ne puisse nuire à ma profession.

Alors c’est sûr, ouvrir un profil Facebook, ça impose de surveiller ce qu’on y met, et toujours garder à l’esprit que n’importe qui peut avoir vent de ce qu’on y a mis… Tout comme il faut prendre soin, dans la vraie vie, de ce qu’on peut dire sur d’autres, même à quelqu’un de confiance ! Les murs ont des oreilles, ça serait plutôt adapté aussi aux murs de Facebook.
N’y a-t-il donc pas de meilleure solution que d’être positifs, et d’appliquer ce petit adage que je répète souvent à mes élèves : de ton ami, dis du bien, de ton ennemi, ne dis rien !

Les conditions d’une utilisation saine

Comme je viens de le dire, la règle de base sur Facebook, c’est de se comporter comme on le ferait dans la vraie vie : choisir ce qu’on dit, tout en restant naturel, en ménageant la dimension sociale (les amis, ça s’entretient…).

Utiliser Facebook, ça s’apprend. Et si ce n’est pas fait au sein des familles, ça devrait peut-être l’être au sein de l’école (d’où mon expérience de l’utilisation de Twitter à l’école…). Gérer un profil, ce n’est pas comme écrire sur sa messagerie instantanée, ni comme rédiger son journal intime… même si ça peut y ressembler bigrement sur certains murs.

Il est nécessaire aussi de prendre quelques minutes pour régler au mieux les paramètres de confidentialités (notamment en utilisant des listes d’amis qui permettent d’afficher ou non certaines publications selon nos connaissances).


Ce qui me chiffonne, c’est que la majorité des articles qui traitent de Facebook le font en insistant sur les personnes qui gèrent mal ces derniers points. Alors, si on mettait aussi en avant les bienfaits de ce réseau social si fréquenté, plutôt que ses faiblesses ?

décembre 27, 2010   2 773 lectures   12 commentaires