Le blog d’un instit en week-end ou en vacances…

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Me lever plus tôt : jour 1

Je suis tombé hier sur l’un de ces articles autour du développement personnel ; vous savez, ceux qui nous font souvent hausser les épaules, parfois qui nous interpellent, rarement qui nous enthousiasment… Cette fois-ci, je ne sais pas pourquoi, j’ai eu l’envie de tester. Certainement parce qu’il me parlait et qu’il faisait ressortir en mois des envies cachées.

L’article en question s’intitule : « Pourquoi je me lève à 5h30 tous les matins (et ce que vous gagnerez à en faire autant)« .

Faut avouer que ce titre était accrocheur pour moi, un amoureux du lit, mais qui possède plutôt un rythme de sommeil 3h du matin – midi en temps de vacances. Cela faisait plusieurs semaines que j’avais pourtant la sensation de louper des choses en dehors du lit… et l’approche de la reprise du boulot après un long congé bien déstabilisant au niveau horaires était l’occasion rêvée pour l’expérience.

Pourquoi se lever plus tôt ?

L’auteur de cet article propose très simplement de se lever une heure plus tôt, et de remplir cette heure avec une succession de rituels bénéfiques : méditation, écriture, visualisation d’objectifs, sport et lecture. Pour chacun, des bénéfices semblent apparaître pour la suite de la journée, mais comme toute expérience, il faut du temps pour les ressentir ou pour les évaluer.

Préparation

On dit qu’il faut 21 jours pour installer une habitude. Aujourd’hui était donc la première journée ! Couché assez tard, rythme de vacances oblige, j’avais la possibilité de dormir tant que je voulais ce matin. En temps normal, j’aurais levé l’œil vers 9h30, j’ai donc très logiquement mis mon réveil sur 8h30. La veille, j’avais préparé ma liste :

  • 10′ : méditation (j’avais téléchargé l’application nécessaire pour m’accompagner) ;
  • 10′ : écriture (liste de reconnaissance, citations, projets…) ;
  • 10′ : visualisation des objectifs de la journée, priorité ;
  • 15′ : pratique sportive ;
  • 15′ : lecture.

Premier constat au réveil à 8h30 : je suis en caleçon, et j’ai faim… C’est bien joli cette heure ritualisée, mais faut pas non plus se laisser aller. C’est donc en phase de réveil légèrement difficile que je passe aux toilettes, monte prendre un verre de jus d’orange, un bol de chocolat chaud, un petit pain… Oui chez moi je dors en bas et je vis en haut.

Diantre, déjà 15 minutes de passées et je n’ai pas encore commencé mon rituel ! Sans compter que mon téléphone m’a happé au moins 3 minutes avec quelques notifications.

Sommeil ou conscience ?

Première phase : méditation. Armé d’un casque et de mon téléphone, je lance l’application « Calm », choisis « scan corporel » de 10 minutes, et c’est parti pour une concentration, au bruit des vagues, sur mon crâne, mes épaules, mes pieds qui touchent le sol, ma respiration qui entre et qui sort. C’est en anglais, mais je me dis que ça me fait du bien de réviser, même s’il y a certaines parties du corps que j’ai dû louper faute d’en comprendre la signification.

Ce fut un sacré effort de lutter contre le retour du sommeil… Pour avoir déjà pratiqué ce genre d’exercices de « pleine conscience », la difficulté est souvent de revenir à l’objet de la concentration, tant les pensées extérieures reviennent vite à la charge. Là, les yeux fermés, j’avais vraiment la crainte de repartir pour un cycle de sommeil. Demain, je tenterai de ne pas mettre le bruit des vagues.

Le stylo à la main

Deuxième phase, écriture. Assis cette fois sur une chaise, le stylo à la main, j’ai l’impression cette fois que je me réveille vraiment. C’est parti ! Je note en vrac quelques éléments positifs sur la journée de la veille (« liste de reconnaissance »), puis très vite je pars sur des projets que j’ai en tête, autour de l’école ou de mon organisation personnelle. Les 10 minutes passent vraiment trop vite, mais j’essaie de tenir le timing, il est 9h05.

J’enchaîne sur la 3e phase, celle de la « visualisation des objectifs de la journée », ou de l’affirmation de ce que je voudrais devenir. Rien que ça ! Lancé par mon crayon, je continue à écrire le déroulement concret des activités prévues, mais aussi ce que j’attends de ces moments, et la priorité « humaine » que j’y envisage. Il est déjà 9h15, le sport m’appelle.

Comme sur des roulettes

Je m’étais promis pendant les vacances de m’entraîner aux rollers, étant encore très maladroit et déséquilibré. C’est donc parti pour un tour de quelques pâtés de maisons autour de chez moi, après avoir enfilé rapidement les habits de la veille.

C’est agréable, je n’avais jamais croisé les balayeurs pendant tout l’été, ils ont l’air en pleine forme, eux, je me demande s’ils ont fait leur temps de méditation avant de prendre leur balai…

Je reviens dégoulinant par l’effort surhumain pour regagner mon ascenseur (3 étages en rollers par les escaliers, je ne maîtrise pas encore), et là, alors que je devrais passer les 15 prochaines minutes à lire, je me laisse entraîner par l’appel de la salle-de-bain et sa douche réparatrice. Ce n’est pas dans mon timing, mais tant pis, c’est du temps pris sur ce qui était prévu après…

Que lire ?

Livre, journal, article en ligne ? En 15 minutes, difficile de commencer un roman, et j’ai l’impression que lire une BD n’est pas à la hauteur du défi que je me suis lancé.

C’est donc sur une tablette que je parcours quelques articles dans le style de celui qui m’a poussé à faire cette première expérience, autour de l’intérêt de se lever tôt, et de la nécessité de supprimer les obstacles qui nous empêchent de sortir du lit. Cela me donne des idées, et je prends quelques notes : « le meilleur réveil-matin, c’est la motivation de faire quelque chose de fantastique dans sa journée ». C’est vrai, j’en ai eu la preuve ce matin !

Ajustements hypothétiques

Quelques ajustements que je pense faire dans quelques jours si j’ai les mêmes ressentis qu’aujourd’hui :

  • me coucher plus tôt la veille, si possible quand le sommeil arrive (je le sens déjà depuis 19h, et à tous les coups, à 22h30, je serai en pleine forme !) ;
  • déplacer la méditation un peu plus tard qu’immédiatement après le réveil, c’est trop dangereux pour le bon dormeur que je suis ;
  • rallonger le temps d’écriture pour mettre à plat des projets ou des idées, c’est une phase que j’ai vraiment appréciée.
  • prévoir 4 carnets, un pour les listes de reconnaissances, un pour la journée à venir, un pour les projets fous, et un pour mes notes de lecture…

Bilan sur la journée

Je suis fier de m’être tenu à un objectif, celui de réaliser cette « heure ritualisée ».

Au final, j’avais prévu de me lever vers 9h30 pour démarrer de chez moi à 10h30. En me levant une heure plus tôt, je suis parti à 10h15, et j’ai fait 5 fois plus de choses qu’habituellement… Bon bénéfice pour une nuit un peu plus courte quand même.

De plus, j’ai l’impression d’avoir passé une journée avec des échanges passionnants, mais il faut dire que c’était aussi la reprise pour moi, et retrouver des collègues apporte son lot de surprises et d’échanges agréables. Enfin, j’ai apprécié cette sensation de vivre deux fois ma journée : la préparation à l’écrit (presque comme au boulot, où l’on doit écrire le programme détaillé du temps de classe, sauf que dans ce dernier cas c’est une corvée pour moi), et le vécu, assez proche de la « préparation » ! La suite demain, je cours me coucher ! :-)

août 27, 2015   235 lectures   Aucun commentaire

Tristesse infinie

« Dunkerque est en deuil. Hugo, tu es dans nos cœurs. Ma tristesse est infinie. » Ce sont ces mots du maire de la ville que j’ai envie de partager avec vous en ce triste dimanche.

Hier soir, match de hockey sur glace, l’équipe de D1 de Dunkerque reçoit Reims. Beaucoup de pression suite à un mauvais début de championnat, et de l’ambiance côté supporters. Comme d’habitude, le long du plexiglass, des adultes observent, commentent, encouragent, et des enfants se faufilent le long des vitres pour mieux voir ; ça bouge, ça chahute, ça tape, la vie quoi !

Et soudain, un palet qui sort du jeu. Un choc que je ne vois pas mais que je devine, vu les adultes qui se précipitent autour d’un enfant. La fanfare qui s’arrête. Quelques chants de supporters de l’autre côté subsistent (ils n’ont pas encore  perçu ce qu’il s’est passé), et un silence immense, glaçant, plombant, entoure la patinoire.

Des regards perdus, interrogateurs, résignés, mais on n’ose penser au pire. Les premiers secours sont donnés sur place, mais certains gestes et regards des personnes les plus proches, à quelques mètres de moi, laissent craindre le pire. Les secours arrivent, on évacue doucement la patinoire, silencieuse, incrédule… Certains visages sont en pleurs, d’autres ne trouvent que le silence pour commenter ce moment horrible. Les joueurs errent sur la glace, les regards n’attendent qu’un cri, un sourire, mais rien de tout ça. Juste un drap noir pour cacher le travail des pompiers qui devront faire repartir le coeur du petit Hugo.

L’enfant a été réanimé, puis transféré sur Lille. Mais ce matin, la terrible nouvelle tombe : Hugo a perdu la vie. 8 ans après l’avoir gagnée.

Horrible, injuste, incompréhensible, les mots me manquent pour qualifier cette tragédie pour un p’tit bonhomme qui venait juste faire la fête, voir le jeu qu’il aimait tellement et qu’il pratiquait lui-même… comme tant d’enfants, de jeunes et d’adultes présents ce soir-là !

Les mots ne peuvent rien changer, mais j’adresse toutes mes pensées à sa famille pour qui la vie bascule, à tous ses copains pour qui le prochain entraînement sans lui sera certainement très difficile. Je pense aussi à tous les supporters qui étaient là hier soir, près de lui, et qui ont certainement pleuré comme je l’ai fait. Enfin, je pense au club, aux joueurs, à celui qui a tiré et qui va porter difficilement la conséquence d’un geste qui n’avait rien de volontaire, à tous les parents de petits hockeyeurs qui ne pourront s’empêcher de s’identifier… et à toi, Hugo, parti bien trop tôt.

Veille sur tes copains, petit ange.

novembre 2, 2014   5 439 lectures   8 commentaires

Tu t’appelles comment ?

Au réveil ce matin, j’ai souri

J’avais déjà eu sur la plage le petit vieux qui faisait sa déclaration d’amour. Ce matin, c’était les voisins du dessus qui écrivaient leur prénom sur le sable.

J’irais bien ajouter à côté : « ET MOI C’EST JEAN-ROCH, JE SUIS LE VOISIN DU DESSOUS QUE VOUS RÉVEILLEZ LE MATIN AVEC LE BRUIT DE L’EAU DANS LES TUYAUX », mais j’aurais peur que la fin de ma phrase soit à la frontière belge ! ;-)

Bonne fin de vacances à tous, profitez !

octobre 30, 2014   584 lectures   2 commentaires

Les casseurs de châteaux de sable

Cela ne vous a certainement pas échappé, il n’a pas fait très beau ces derniers jours (et encore, c’est un euphémisme pour dire qu’il a fait un temps pourri).

J’ai la chance d’habiter en station balnéaire, face à la mer. Des ouvriers municipaux assurent quotidiennement la propreté et la sécurité de la plage, surtout en cette période touristique. Ainsi, chaque matin, un tracteur passe pour ratisser le sable et ramasser les déchets que les touristes de la veille auraient malencontreusement oublié.

Il faut croire que par ce mauvais temps, on ne sait quoi donner comme ouvrage à ces ouvriers. Tenez-vous bien : il y a 3 jours, à mon réveil, un bulldozer s’occupait d’une tâche bien délicate, détruire les châteaux de sable !

Consciencieusement, l’agent municipal reculait, avançait, creusait, égalisait, pour faire disparaître quelques tas et pâtés de sable.
J’imagine la mine déconfite des bambins qui avaient passé leur journée à imaginer, creuser, modeler, mouler des trous, des tours, des pyramides ou des tunnels et et qui voyaient à travers la vitre de leur appartement de vacances ce bulldozer accomplir ces méfaits !

Bien-sûr, on m’objectera qu’il faut bien occuper les saisonniers embauchés par la commune, et que des trous dans le sable sont certainement dangereux pour les gens qui se promèneraient pendant la nuit… ou encore que le tracteur qui ratisse est gêné par les bosses et les trous. Mais quand même, si on pouvait utiliser mes impôts locaux d’une autre manière, cela me paraîtrait beaucoup plus saint.

Allez, chers amis qui donnez des ordres aux bulldozers destructeurs, avec l’argent économisé par l’essence, je vous propose d’acheter le sourire des enfants au réveil !

août 24, 2014   793 lectures   2 commentaires

Nos mamans

Il a fallu plusieurs mois pour que tu me parles de ta maman. Elle était morte à ta naissance, et j’avais l’impression de lire dans tes yeux humides une sorte de responsabilité coupable… Tu ne t’en rends pas compte, mais tu n’y es pour rien, petit bonhomme, d’être né, sans elle, à cette vie que tu croques à pleines dents.

Tes coups de colère, tes bêtises, tes mots blessants prononcés trop vite, faisaient ressortir cette culpabilité. Si tu savais comme tu m’as ému le jour où tu m’as avoué, en sanglotant, ton impuissance à t’améliorer, comme si après avoir perdu ta maman, tu provoquais de façon involontaire la perte de ceux qui t’entourent.

Alors ce soir, en voyant tes sanglots prolongés et le chagrin de quitter tes « nouveaux » copains et ton maître, tu m’as forcément remué. La séparation est toujours difficile, surtout après une année passée à établir une relation de confiance, de sourires, de curiosité…

Cette fois encore plus, les circonstances étaient particulières : moi aussi, j’ai perdu ma maman. C’était la semaine dernière. Mon histoire était reliée à la tienne par le hasard d’un cœur balbutiant. J’ai connu et aimé la mienne pendant 37 ans. Je n’ai pas voulu t’en parler, tu n’as même pas connu la tienne. Et pourtant, du haut de tes 6 ans, tu m’as montré plus d’une fois que tu l’aimes comme si elle était auprès de toi chaque jour.

La tristesse du temps qui passe est-elle si particulière qu’elle s’abat sur nous au moment où une période s’arrête, et non au fil des secondes passées ? La vie serait bien triste si nous pleurions sur chaque minute passée ! Au contraire, nous les savourons, nous en jouissons le plus possible… et le spleen arrive lorsqu’on se retourne sur le bon temps qui semble se terminer.

Ce soir, si tu avais les lèvres salées, inondées par tes larmes non retenues, j’ose croire que c’est parce que tu as vécu pleinement cette année scolaire. Les joies et les plaisirs passés ne sont pas perdus, au contraire, ils font fructifier la suite à la lumière de quelques heures partagées. C’est ce que je te souhaite,  à toi qui a été comme mon petit frère le temps de quelques mois : prends soin de toi et de ceux dont tu t’entoures, nos mamans veillent sur nous.

juillet 4, 2014   1 846 lectures   10 commentaires

J’ose le dire : j’aime mes vacances.

Je vous mets dans le contexte : je suis instit.

Là, dans votre tête, un flot d’images passe : la blouse grise de l’instituteur de l’ancien temps, un homme respecté du village. Puis très vite s’estompent ces images jaunies pour laisser place à celles beaucoup plus actuelles de ces paresseux de fonctionnaires, toujours en vacances, souvent en grève, en train de se plaindre de leurs conditions : les parents ceci, le ministre cela, l’inspecteur blabla, les syndicats gnangnan, et les enfants, ce n’est plus c’que c’était… Bref, le mode « café du commerce » avec une teinte de « hein, ma bonne dame… ».

La réalité ? Elle n’existe pas. Il y a des réalités.

Ces jours-ci, une annonce a été faite par le Ministre de l’Éducation Nationale pour reporter la journée de pré-rentrée prévue initialement le 29 août. Cela a été présenté dans les médias comme une demande des enseignants (depuis, ces-derniers ont crié, ô grand jamais, qu’ils n’avaient pas réclamé de ne pas travailler en aôut…), puis affiché comme une nécessité informatique de début de contrat (vous comprenez, on a survécu au bug de l’an 2000, mais on a peur du passage du 31 août au 1er septembre pour quelques fonctionnaires).

Le message qui est retenu au niveau global : « les enseignants sont tous des fainéants, il refusent de travailler en août ». Pour beaucoup de professeurs, ce fut une ombre à leur image : on les présente encore comme des paresseux toujours prêts à pinailler sur des détails, surtout quand il s’agit de leur avantage principal, les vacances !

Eh bien souffrez, ou jouissez, à votre convenance, que j’enfonce un peu le clou dans ce sens : je suis ravi de cette journée supplémentaire de vacances. Les mois de juillet et d’août sont des pépites dont je savoure, depuis ma tendre enfance, les instants ensoleillés, reposés, insouciants, déconnectés de l’école… Alors nous faire reprendre un vendredi 29 août, c’est un peu comme finir un puzzle dont il manque une pièce, ou retirer un demi-point à un 20/20… Il manque quelque chose qui agit sur l’ensemble du tout.

Je suis très heureux de cette préservation de mon mois d’août, et je paierai consciencieusement ma journée due, moi le pauvre enseignant à qui on a déjà raboté par petites doses mon beau mois de juillet (a)doré.

Arrêtons donc, dans la profession, de vouloir nous affranchir des clichés. Tous mes collègues, et moi le premier, aimons les vacances prolongées, les récréations au soleil, les élèves calmes au travail, les parents souriants de voir leur enfant heureux. Ce n’est pas pour cela qu’on est paresseux, et que pendant la récréation (ensoleillée), on n’est pas en train de trouver une solution pour le petit Kévin qui perd pieds dans sa classe… Ce n’est pas non plus pour ces raisons que lorsqu’on rencontre des problèmes de fatigue, de communication, de réussite des élèves, de gestion de groupe, on ne se démène pas pour faire correctement notre métier.

D’ailleurs, à tous ceux qui envient ma situation professionnelle, osez le concours ! C’est facile d’entrer, paraît-il, et l’Éducation Nationale recrute…

Ah, sinon, pour le détail : certes, je suis ravi d’être encore en vacances le 29 août, mais je serai ce jour-là en tong et en short, dans ma classe, pour préparer mes étiquettes, mes affiches et mon matériel…

mai 17, 2014   1 253 lectures   6 commentaires

Comment l’école tue la créativité

Voici une fable, traduit de l’anglais, que j’aime beaucoup. Elle montre à quel point l’expérience de l’adulte peut tuer la créativité des plus jeunes. La chute est vraiment terrible…

Un jour un petit garçon partit pour l’école. C’était encore un bien petit garçon, et l’école était fort grande.
Mais quand le petit garçon découvrit qu’il pouvait arriver à sa classe en entrant directement par la porte de la cour, il se sentit content. Et l’école n’avait déjà plus l’air aussi grande.

Un matin, alors que le petit garçon était à l’école depuis un certain temps, la maîtresse dit : « aujourd’hui, nous allons faire un dessin. » Il aimait bien faire des dessins.
Il savait en faire de toutes sortes : des lions et des tigres, des poules et des vaches, des trains et des bateaux. Il prit sa boîte de crayons et commença à dessiner.

Mais la maîtresse dit :
- « Attendez ! Ce n’est pas encore le moment de commencer ! »
Et elle attendit jusqu’à ce que tout le monde ait l’air prêt.
- « Maintenant, dit la maîtresse, nous allons faire des fleurs. »
- Chic ! pensa le petit garçon.
Il aimait faire des fleurs. Et il commença à en faire des magnifiques, avec ses crayons rose et orange et bleu. Mais la maîtresse dit :
- « Attendez. Je vais vous montrer comment faire ».
Et elle en fit une rouge avec une tige verte.
- « Et Voilà, dit la maîtresse. Et maintenant, vous pouvez commencer ».

Le petit garçon regarda la fleur de la maîtresse, puis il regarda ses fleurs à lui. Il aimait mieux ses fleurs que celles de la maîtresse. Mais il ne le dit pas.
Il retourna simplement son papier et fit une fleur comme celle de la maîtresse. Elle était rouge, avec une tige verte.

Un autre jour, la maîtresse dit :
- « aujourd’hui, nous allons faire du modelage ».
- Chouette pensa le petit garçon. Il aimait le modelage. Il savait faire toutes sortes de choses avec la terre. Et il commença à pétrir et malaxer sa boule de terre. Mais la maîtresse dit :
- « Attendez ! Ce n’est pas le moment de commencer. Je vais vous montrer comment ».
Et elle montra à tout le monde comment faire un grand plat profond.
- « Et voilà, dit la maîtresse, maintenant vous pouvez commencer ».

Le petit garçon apprit à attendre, et à regarder et à faire les choses, juste comme la maîtresse. Et bientôt il ne fit plus de choses de lui-même du tout.

Alors arriva que le petit garçon et sa famille déménagèrent dans une autre maison dans une autre ville. Et le petit garçon dut aller à une autre école.

Et le premier jour qu’il était là, la, maîtresse dit :
- « aujourd’hui, nous allons faire un dessin ».
- Chic pensa le petit garçon. Et il attendit que la maîtresse dise quoi faire. Mais la maîtresse ne dit rien. Elle se promena simplement autour de la classe.

Quand elle arriva près du petit garçon, elle dit :
- « tu ne veux pas faire un dessin ».
- Si, dit le petit garçon, qu’allons-nous faire ?
- « Je ne le sais pas avant que tu le fasses » dit la maîtresse.
- Comment vais-je faire ce dessin ? demanda le petit garçon
- « Oh ! Vraiment comme tu veux » dit la maîtresse.
- Et n’importe quelle couleur ? demanda le petit garçon
- « Si tout le monde faisait le même dessin en utilisant les mêmes couleurs, comment saurais-je qui a fait quoi, et lequel est à qui ? »
- Je ne sais pas, dit le petit garçon.

Et il commença à dessiner une fleur rouge, avec une tige verte.

Helen E. BUCKLEY

mars 1, 2014   1 160 lectures   Commentaires fermés

Je n’ai pas pleuré

Ce soir, c’était ma dernière journée de classe de l’année.

Cent quarante-quatre jours à ouvrir les rideaux, à brancher l’ordinateur, à surveiller la cour, à faire des lacets, à écrire la date au tableau, à demander le silence, à tailler des crayons, à consoler de gros chagrins vite oubliés, à corriger des exercices réussis, à ranger mon bureau, à sourire d’un bon mot, à inventer des situations motivantes, à imposer des séances harassantes, à demander à qui appartient ce crayon ou ce manteau oublié, à demander de ranger ses affaires, à ramasser les affaires non rangées, à se rassembler au tapis, à lire des histoires lues déjà 10 fois, à s’émerveiller de la vitesse de lecture de chaque élève, à rouspéter sur le manque soin de chaque enfant, à faire des petits « coucous » à travers les vitres aux anciens élèves, à manger du chocolat à chaque anniversaire, à trouver la classe vraiment trop énervée, à trouver le groupe vraiment trop mou, à bailler, à éclater de rire, à chercher ma connexion Internet, à tweeter…

Et là soudain, sans crier gare, le silence. Lourd. Pesant. Solitaire.

Pourtant, ce que je retiens, ce sont ces dernières minutes, à 16h20, où chaque enfant m’écoute attentivement. Je sens dans leur regard et leur attention après une journée très ludique et bien remplie de jeux, de danses, de musiques et de soleil, que je suis leur « maître », et qu’ils boivent mes paroles comme du petit lait.

Mes chers enfants, s’il n’y a qu’une chose à garder du CP, au-delà d’avoir appris à lire, à compter, à réfléchir, c’est cette petite phrase : « Joyeux, et sans souci » .

La reprise en choeur de la fin du dicton, et les sourires rayonnants sur les mines déconfites par les dernières minutes communes, m’ont convaincu que le message était bien passé.

Alors non, je n’ai pas pleuré. Mais là, dans ma classe vide et dépouillée, mon coeur pleure tout bas.

juillet 6, 2013   1 591 lectures   9 commentaires

Joyeux et sans souci !

La phrase de ce lundi 6 mai 2013 :

Aujourd’hui, nous avons lu en classe l’histoire d’un petit garçon affrontant la difficulté du changement d’école, et dont la mamie relativisait le quotidien par une jolie devise :

Ta mère est beaucoup trop inquiète. Dans la vie, il faut être « joyeux et sans souci ». C’est ma devise.

La phrase a tellement plu aux enfants (et à leur enseignant) que nous l’avons ressortie une paire de fois pendant la journée, lors d’une bouderie d’enfant, d’une râlerie ou du croisement d’un regard un peu vide. Efficace : sourire illuminé assuré !

Ma résolution pour demain :

Dès que ma voix monte en classe, continuer d’un ton apaisé avec un évident « joyeux et sans souci » !

 

mai 6, 2013   1 352 lectures   1 commentaire

L’ennui, ce luxe.

Je sors de 15 jours de vacances. Non, pas ces moments réservés à l’avance auprès d’une agence de voyage, minutés et programmés pour s’occuper et se dépayser, mais de vraies vacances, du repos !

Je n’arrive pas à expliquer le pourquoi, mais ces vacances étaient presque vierges de tout programme. Il y avait bien quelques rendez-vous programmés de longue date, mais dans l’ensemble, j’en ai vraiment profité pour … ne rien faire !

Je me souviens, quand j’étais petit, il m’arrivait de m’ennuyer. Parfois, « pour du faux », juste parce que j’avais une idée en tête. L’ennui apparaissait aux yeux de mes parents comme un argument pour faire ce que je désirais.

« Maman, je m’ennuie… Je peux aller chez Kévin ? »

Croyez-moi, ça marchait souvent. Au pire, il fallait ajouter un subtil « Papa est d’accord ».

Puis il y avait aussi le vrai ennui, celui dont je ne me plaignais pas : ces moments où il n’y avait rien à faire, et où je passais le temps simplement à lire une BD, à regarder les nuages allongé dans l’herbe ou à jouer avec mes petites voitures. Ah le bon temps !

Ces vacances, j’ai eu l’impression de retrouver un peu cet ennui bénéfique, celui du temps disponible, non compté. Traîner devant l’ordi ? Possible ! Regarder des téléfilms idiots sur M6 en milieu d’après-midi ? Possible ! Lire des BD ? Bien-sûr ! Regarder les nuages, allongé dans le sable après une bonne balade à vélo ? Fait ! Rassurez-vous (ou non), je n’ai ressorti ni mes legos, ni mes trains électriques…

Pourquoi cet ennui me semble-t-il si précieux ? Il permet au corps de suivre son rythme naturel, à l’esprit de vagabonder là où il n’a pas le temps d’aller le reste de l’année, et au cerveau de se déconnecter quelques temps des exigences extérieures trop importantes.

Alors après des vacances tellement ennuyeuses, me voilà prêt pour reprendre le rythme effréné du quotidien, parfois presque irrespirable. A vrai dire, je suis bien motivé à retrouver des occupations variées et passionnantes, mais aurais-je encore le temps de m’ennuyer parfois lorsque la classe aura repris ?

Si vraiment je n’y arrive pas, j’ajouterai à mon emploi du temps 5 minutes d’ennui obligatoire en classe, car si l’école n’apprend pas aux enfants à s’ennuyer, qui le fera ?

Et vous, vous arrive-t-il de prendre plaisir à l’ennui ?

avril 28, 2013   1 695 lectures   6 commentaires